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 Vague à l'âme

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Choses importantes :
Ana est une handicapée physique ; elle est dépendante d'un fauteuil roulant pour se déplacer.

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Citoyenne curieuse
Anastasiya
MessageSujet: Vague à l'âme   Mar 3 Déc - 17:30

Emmitouflée dans sa polaire, noyée sous son écharpe, cachée sous son bonnet, Ana se laisse aller. Elle est confortablement installée dans son siège, les bras croisés pour se maintenir au chaud et le regard perdu dans l'horizon. Dans son dos, Vika pousse tranquillement la chaise roulante. Elle lui parle, de temps en temps, mais Ana ne répond pas ; elle n'en a pas envie. Il fait trop froid pour ça. Or, la russe n'a jamais aimé le froid. Autour d'elles, il y a de la neige. Beaucoup de neige. Beaucoup trop. Cela rend ses déplacements difficiles. Elle a fait le deuil de ses jambes, fait taire la rancœur qui lui broyait le cœur mais elle continue de regretter, cependant, de ne pas pouvoir se lever. De ne pas pouvoir facilement récupérer un peu de ce coton venu du ciel, de le rouler en boule et de le jeter au visage de sa danseuse de colocataire.


Puis elle se rappelle qu'elle peut. Il lui suffit de le vouloir, de vraiment le vouloir, et on verrait les flocons défier la graviter pour retourner au ciel. Mais si elle fait ça et si quelqu'un la voit... Vika lui a fait promettre de ne jamais utiliser ses pouvoirs lorsqu'elles seront hors de l'appartement. Elle a argué, à juste titre, que l'exercice est trop dangereux et que le risque zéro doit s'appliquer.


L'injustice de la situation la met hors d'elle. Empêche-t-elle les gens de marcher sous prétexte qu'elle ne le peut pas ? Bien sûr que non ! Ils ne se rendent pas compte. À leurs yeux, elle cumule deux tares et heureusement qu'ils ignorent l'existence de l'une d'entre elles. Les rumeurs circulent sur ceux qui sont comme elles et que la police a « écarté » par sécurité. « Je hais cette ville, » murmure-t-elle doucement alors qu'elles arrivent à un banc. Elle lance un regard à Vika. « Ça fait trois ans. Trois putain d'années qu'on est tous cloitré ici comme des animaux. Y en a qui sont partis déjà... Pourquoi pas nous ? »


Elle ne croit pas à ce qu'elle demande et cela se voit dans son regard. Pourtant, elle répète, comme pour se convaincre elle-même. « Hein ? Pourquoi pas nous... »



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Féminin Poissons Singe
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Citoyenne curieuse
Viktoria
MessageSujet: Re: Vague à l'âme   Dim 8 Déc - 9:19


    « Parce qu'on a rien à gagner à faire ça ? »

    Vika poussait le fauteuil roulant depuis déjà dix bonnes minutes et elle se demandait depuis combien de temps exactement Anastasiya n'écoutait plus ses bavassages intempestifs sur le temps de chien, les gens qui dessoûlaient dans le parc et rendaient les sentiers peu appréciables, et un certain ennui de ne pas pouvoir avancer plus vite avec des pneus neiges sur ce fichu fauteuil. Loin de vouloir transformer son assise en monster-truck des neiges, Ana, elle, se contentait de jeter un pavé dans la mare. Mais c'était déjà bien suffisant pour la danseuse, qui se mit à raisonner avec, comme à son habitude, un sens tout particulier des réalités.

    « Ana, tu veux qu'on aille où exactement sans argent ? » C'était peu ou prou le cas : Viktoria ne pouvait plus compter sur le porte-feuille de ses parents et accumulait les espèces tant bien que mal par des petits boulots. Elles vivaient comme de vraies étudiantes … Et en temps de blocus, l'expression prenait son sens. « Et puis quand bien même, il faudrait réussir à sortir de la ville discrètement, donc passer les frontières, et avoir un plan pour la suite ... » La blonde se voyait mal fuir avec Ana dans ses mains. En fait, elle se voyait mal fuir tout court. La peur au ventre, le risque que quelqu'un les arrête, et les conséquences de leurs actes … Qui avait envie de se faire remarquer pour ça à une époque où il valait bien mieux se la jouer profil bas pour s'en sortir ?

    Anastasiya pouvait bien rêver de liberté et de grands espaces, dans les faits, la perspective semblait franchement utopique. Et puis jusqu'ici, ni la musicienne ni la danseuse n'avaient été inquiétées pour leurs pouvoirs ou pour quoi que ce soit d'autre. Quoique c'était surtout la télékinésie d'Ana qui était une menace pour elles. Mais il n'y avait aucune chance que cela se sache puisqu'elles faisaient toutes deux extrêmement attention quand la pianiste usait de son petit talent personnel. « En définitive, nous, on restera ici parce que c'est notre seule option viable. Si on se tient à carreaux, on a rien à craindre après tout, non ? » La question sonnait comme rhétorique mais il subsistait un doute enfantin, une sorte de peur avouée à demi-mot pour qu'elle puisse paraître ridicule. En vain.

    Vik tourna à l'angle du sentier et continua de pousser Ana, mettant toute son énergie à éviter les petites buttes de neige.
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Ana est une handicapée physique ; elle est dépendante d'un fauteuil roulant pour se déplacer.

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Citoyenne curieuse
Anastasiya
MessageSujet: Re: Vague à l'âme   Lun 9 Déc - 19:06

Rien à gagner… Ana aimerait le croire. Mais chaque jour qui passait la faisait douter un peu plus de cette prétendue vérité. Le monde d’hier semblait si vaste ! Il ne peut pas être devenu si petit qu’on puisse le résumer à une ville. Ana ne voulait plus se sentir ainsi oppressée. Elle voulait être libre. « Je ne sais pas ce qu’il te faut, elle raille. Le droit d’aller là où on le souhaite et de faire ce qu’on veut. La liberté. Tu sais, ce truc pour lequel des personnes se sont battues jusqu’à en mourir. »


Elle est injuste et elle le sait mais la flegme de sa colocataire à parfois le don de l’énerver. Les deux jeunes femmes sont aussi différentes qu’inséparables, désormais. Là où Vika demeure très pragmatique et terre à terre, Ana se sent l’âme d’une révolutionnaire. Elle vit pour ses idées, veut se battre pour elles. Vika, elle, vit pour vivre un jour de plus, tout du moins c’est souvent l’impression qu’elle donne… À moins que ce ne soit Ana qui, derrière le prisme de colère derrière lequel elle se terre et regarde le monde, n’imagine que ce qui l’arrange. En l’occurrence, il est plus facile de déverser sa frustration contre son infortunée amie que contre les lois cruelles du blocus. « Le simple fait qu’on t’interdise de quitter la ville devrait te pousser à vouloir la quitter ! »


Imperturbable, sans doute parce qu’elle est habituée au caractère difficile et enflammée de la violoniste, la danseuse répond à ses revendications par encore plus de pragmatisme. Elle se tient droite dans ses bottines, drapée dans son manteau de bon sens. Quitter la ville ? C’est une hérésie voyons ! Pour deux étudiantes sans le sou, point de salut. Cette rhétorique agace plus encore la russe qui aborde désormais une mine renfrognée. C’est à peine si elle ne pianote pas sur son accoudoir. « Tu crois vraiment qu’à nous deux, on ne pourrait pas passer la frontière ? elle demande avec hargne. Que toi, tu ne pourrais pas ? »


La petite chatte féline qu’aucun obstacle ne retient, qui grimpe partout et se faufile dans les endroits les plus insolites ! Vika plus que quiconque se jouerait sans souci du blocus. Ce n’est pas les chats que les lois injustes arrêtent, seulement les hommes et les femmes. Pourtant, son propre ton et surtout le sens de ses paroles la rattrapent et elle se rend compte qu’elle va trop loin. Elles ne sont pas dans leur cocon, elles sont dehors, exposées, vulnérables. La mauvaise parole prononcée trop près de la mauvaise oreille et personne ne sait ce qui pourrait leur arriver. Dans le doute, elles se sont mises d’accord sur un scénario : le pire. « Personne ne peut rien te refuser, » murmure-t-elle pour la forme. Il s’agit autant d’un moyen de rattraper le coup que d’une excuse.


« Tu ne comprends pas… On ne devrait pas “avoir à se tenir à carreaux”. Toi et moi, on a commis aucun crime. La peur, on la mérite pas. » Sa voix s’est faite douce. Sa colère est passée. Elle est comme ça, Ana, lunatique. Elle s’éteint aussi vite qu’elle s’enflamme. « Tu as pas envie d’autre chose que cette vie là ? Une vie sans barrière, où tu pourrais être toi-même ? » Et dans son regard, il brûle cette petite flamme si particulière. Ana est une jeune femme pleine de passions que les mots liberté et égalité touchent particulièrement.


« Mais bref. Tu as raison… Ce n’est pas le bon moment. »



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